
Epouses et concubines
"Epouses et concubines" et sans aucun doute le roman de Su Tong le plus connu. A tel point qu'on peut lire sur la couverture de ses autres romans "par l'auteur d'"Epouses et concubines". Su Tong a fait de ce premier roman un film. Je n'ai pas encore vu le film mais dès que je mets la main dessus je le regarde ! Ce roman raconte l'histoire d'une jeune fille arrivée dans la demeure d'un seigneur pour y être une n-ème concubine. A travers les yeux de cette jeune fille on découvre la jalousie et la méchanceté qui régnaient à l'époque entre "épouses et concubines". Très court (une petite centaine de pages) ce roman est très imagé, comme la plupart des autres romans de Su Tong. Les mots sont simples et les décors s'imaginent facilement.

Visages fardés
Visages fardés c'est en fait deux romans en un, chacun racontant l'histoire de femmes dans la Chine nouvelle de Mao. Bien que vivant sous Mao ces femmes échappent complètement à l'évolution de leur pays, continuant à vivre à leur façon. La première de ces deux histoires raconte celle de deux femmes Qiuyi et Xiao'e prostituées emmenées de force dans des centres de rééducation. L'histoire de ces deux femmes est très touchante, elles vont chacune à leur façon échapper au système. La seconde histoire raconte la vie de trois génération de femmes : Xian, Zhi et Xiao. Xian est la mère de Zhi et Xiao est la fille de Zhi. Ces trois générations connaîtrons chacune des destinées différentes, toutes malheureuse. Su Tong décrit avec son style particulier les milieus de misère de colère. Un roman qui nous emmène au coeur d'une famille chinoise. Ce roman n'a pas encore été adapté pour le cinéma, mais ça ne saurait tarder !

Riz
Riz est un chef d'oeuvre d'une violence inédite dans les écrits de Su Tong. Les mots sont forts, violents, les personnages sont sans pitié tous plus méchants les uns que les autres. Dans ce roman c'est la misère qui est décrite. Les paysans fuyants les famines dans les campagnes et arrivants en ville. Arriver en ville pour essayer de vivre. On suit l'histoire de Wulong, paysan affamé et sans ressource qui arrive en ville. Le roman raconte l'ascension sans pitié de cette homme. Une fois de plus la vie à la chinoise est merveilleusement décrite. Du grand auteur !
De toutes mes lectures, celle qui m'a le plus marquée est celle du livre "As Great As The World" de Lisa Carducci (le livre est également disponible en français : Grand Comme Le Monde ). Lisa Carducci est Canadienne d'origine italienne et vit en Chine depuis de nombreuses années, mariée à un chinois. (Pour en lire plus sur l'auteur)
Ses écrits m'ont fait passer du rire aux larmes. Le ton employé est juste, les mots sont marquants. Chiffres à l'appui Lisa Carducci montre combien la Chine est un grand pays. Grand de par sa taille, grand de par le trajet accompli. Elle ne cache pas les problèmes et les efforts qu'il reste à faire, bien au contraire, elle propose des méthodes pour faire avancer encore plus le pays. Passant en revue de nombreuses parties de la vie quotidienne en Chine pour un étranger, elle aborde des questions beaucoup plus sérieuses telles que le Falun Gong, les Droits de l'Homme ou encore le Tibet. Là encore le ton est juste, les arguments irréfutables.
Ce livre est un trésor. Un livre que je recommande à tous ceux qui m'entourent. C'est un livre qui les aidera à mieux me comprendre, à mieux comprendre pourquoi je tiens tant à ce pays, pourquoi la Chine me manque tant.
Et pour finir, un extrait. L'extrait que je lis quand on me demande pourquoi je suis tant attachée à ce pays...
"Will I always be another except myself? But in fact, who am I? China has profoundly changed me, because it arrived in my life at the very moment that I was questioning everything. I first made a tabula rasa of my original culture, of my philosophy, of my vision of the world. Then, I examined each element, one by one, choosing in the Chinese culture what I wanted to adopt, in my former one, what I wanted to keep, and I forged a new culture for myself. It's not integration, assimilation, or imitation, but rather a renaissance." (Lisa Carducci, As Great As The World, China Intercontinental Press, page 30)
Ce qui donne en français (mais là c'est ma traduction à moi donc je ne garanti pas sa conformité à l'original !)
"Serais je toujours une autre que moi même ? Qui suis je en fait ? La Chine m'a profondément changée car elle est arrivée dans ma vie à un moment où je remettais tout en question. J'ai commencé par faire un tabula rasa de ma culture originelle, de ma philosophie, de ma vision du monde. J'ai ensuite examiné chaque élément un par un, prenant dans la culture chinoise ce que je souhaitais adopter, gardant de ma propre culture ce que je souhaitais garder et j'ai ainsi fabriqué une nouvelle culture faite pour moi. Il ne s'agit ni d'une intégration, ni d'une assimilation ou d'une imitation mais il s'agit plutôt d'une renaissance."

Je n'ai pas su résister. J'avais lu sur le blog de Pierre Haski que Xinran, l'auteur de "Chinoises" avait également publié un autre livre "Les funérailles célestes". J'ai trouvé ce livre à Hong-Kong dans une des nombreuses librairies que j'ai eu l'occasion d'arpenter (il faut dire que Hong-Kong quand on vient de Chine, c'est le paradis du livre : on trouve tout ce que l'on veut, surtout les livres censurés en Chine... Et le tout en anglais !). Aussitôt acheté, aussitôt dévoré. Ce livre est une invitation au Tibet, une ouverture sur une culture franchement différente.
Wen est une jeune femme follement amoureuse qui par amour partira au Tibet sur les traces de son mari disparu "accidentellement" au cours de manoeuvres militaires chinoises au Tibet. Wen veut comprendre ce qui est arrivé à son mari, elle se rend au Tibet. Elle ne reviendra en Chine que 30 plus tard.
Xinran a rencontré cette femme exceptionnelle. A elle, Wen s'est confiée, lui laissant la difficile tâche de faire connaître son histoire. C'est chose faite. Ce "roman" est une invitation au voyage, une ouverture sur une culture en voie de disparition. J'ai adoré, j'ai dévoré, bref à lire de toute urgence !

"Mort d'une héroïne rouge", peind le Shanghai des années 90. Enquête policière autour du meurtre d'une jeune travailleuse modèle, ce livre dénonce surtout la corruption du système communiste : chargés de l'enquête, Chen et Yu apprendront à leur dépend qui est l'auteur du crime.

L'auteur, Qiu Xiaolong est né à Shanghai, victime de la révolution culturelle, il a été interdit d'école pendant des années sous prétexte que son père était un réactionnaire. Il parvient quand même à étudier l'anglais et à rédiger une thèse sur T.S Eliot. Auteur de plusieurs romans ("Visa pour Shanghai", "Encre de Chine" et "Mort d'une héroïne Rouge"), il vit aujourd'hui aux Etats-Unis.
Lin Kong est médecin militaire dans un hôpital de Mandchourie. Il a autrefois accepté un mariage "arrangé" par ses parents et depuis, même s'il retourne tous les étés dans son village pour retrouver sa femme et sa fille, il espère surtout obtenir le divorce afin de pouvoir vivre sa passion avec une jeune infirmière.

Ce livre brosse un tableau de la Chine de 1966 à 1983, montrant combien il était alors difficile d'obtenir le divorce. J'ai surtout aimé l'image de la bureaucratie communiste qu'on y trouve : un système lent et inefficace au possible. L'auteur a obtenu pour ce roman le National Book Award, le prix Pen Faulkner et une nommination pour le prix Pulitzer. Le rythme du livre parfois lent (très lent) décrit parfaitement cette "longue attente", un livre à lire sans plus attendre !

