Certains me diront que je suis attaquée, d'autres me trouveront courageuse, moi je trouve ça normal. J'ai couru le semi-marathon de Shanghai (21 km et des poussières... Enfin, j'aime autant vous dire que les poussières sont non négligeables !). Ma sixième "longue course". J'avais déjà fait 2 fois le Paris-Versailles, une fois les 20 km de Paris, une fois l'humarathon et une fois la corrida de Luanda, en Angola (18 km sous une chaleur à crever et je me suis faite dépasser par toutes les petites angolaises qui couraient pieds nus, j'aime autant vous dire que mon moral en avait pris un coup). Donc histoire de pas perdre la forme, en Chine comme partout, je cours (non, c'est pas "cours Forest !", ni "cours Marieke !"). Mais voilà, courir un semi-marathon en Chine, c'est pas la même chose que courir un semi-marathon à Paris. Voici donc le récit de mon semi-marathon à Shanghai, mon premier "vrai" semi-marathon. Le reportage est malheuresement sans photo, vous comprendrez que courir 21 km avec un appareil photo dans la main c'est pas le plus facile !

Photo extraite de news365, le départ
L'inscription
Première étape assez facile, surtout quand on délègue ! Faire faire un certificat médical par sa tante qui réside en France (merci Françoise !), il est écrit sur le site internet (http://www.shmarathon.com/) qu'il faut en fournir un. Envoyer un pote à l'inscription (merci Nils !) et le tour est joué ! A noter, Nils n'a eu besoin ni de mon certificat médical, ni du papier signé de ma main, il a contrefait une signature pour moi a payé et le tour était joué. Pas très sérieux quand on sait qu'en France on ne peut pas courir si on a pas un certificat d'aptitude sportive. Cependant, à en croire l'article datant du 25 novembre parut sur le site de Shanghaidaily les participants ont tous du subir deux tests médicaux... A noter également, les différences de tarifs en fonction du statut : 100 yuans pour les étrangers et 30 pour les chinois (ou pour les étudiants tels que nous). Pourquoi une telle différence ? Vous allez le comprendre sous peu...
Deux jours avant la course il faut retourner au lieu de l'inscription. Là encore, j'ai délégué... (et là encore, merci Nils !). Mon pote a du se faire plus de 2h de "queue" (à la chinoise quoi !), le tout afin de récupérer nos numéros et tout le reste. D'ailleurs, c'est assez impressionant tout ce qu'on nous a donné... Un sac Mitzuno, un tee-shirt, des médicaments pour le coeur (je vous jure, c'est pas une blague !) j'ai pas osé y toucher (mais là encore, si on se réfère l'article du Shanghaidaily, il s'agit de médicaments chinois fait à base de gimgembre et de musc destinés à éviter les maladies coronariennes)... Des bonbons et des brochures d'explication.

Le lot du coureur
La course
Lever à 5h. Petit dej' à 5h15 : un bol géant de müesli préparé par Nils (cette fois-ci j'arrête de dire merci, sinon on ne s'en sort plus !). Départ à 5h45 pour arriver 30 minutes plus tard sur le Bund. Et oui, le départ de la course a eu lieu sur le Bund, sur la rue Nanjing, en face du célèbre Peace Hotel. Avant le départ, se débarasser de ses affaires : c'est là que commence la "discrimination" et le bordel. Pour les "non-chinois", c'est par là. Pour les chinois c'est pas par là. C'est par ici. Non, pas par là. Ici. Là ? Non, là-bas. Argh ! Bref, on a fini par trouver le bon endroit, on a fini par réussir à poser nos sacs dans les bus correspondants à nos numéros. Et ensuite on se rend au point de départ. "Discrimination" numéro 2 et le bordel qui va avec (sinon c'est pas vraiment chinois !). Pour les non-chinois c'est dans ce carré là. Pour les chinois c'est dans celui-ci. Les carrés étant en fait matérialisés par des gens du staff. Et oui, en Chine on utilise pas des barrières, on utilise des gens ! Donc nous, dans notre enclos, on avait plutôt de la place. Les chinois, eux, ils étaient un peu tassés dans le leur... Le coup des discriminations, ça m'a un peu mis mal à l'aise. Enfin bon, on comprend mieux pourquoi les "non-chinois" payent plus cher. Ceci étant dit, je trouverai ça plus logique que tout le monde paye la même chose et que tout le monde soit mis à la même enseigne. Bon allez, je m'échauffe un peu. On me tape sur l'épaule... "Marièke ?" Et là, je deviens toute rouge... "Je suis tombé sur votre blog par hasard, en cherchant un Decathlon." Ah... Le blog ! "Et c'est pas mal du tout votre blog !" Alors, voilà, je sais pas qui vous êtes monsieur, mais en tout cas, merci ! Ca m'a mit la patate !
7h25. La course va bientôt commencer. Avant le départ, hop, un petit coup d'hymne national. Et les coureurs chinois de tous chanter en coeur. Applaudissements à tout rompre... Il est intéressant de noter que la course était organisée par un sponsor japonais et que de nombreux japonais étaient présents. Donc voilà, juste histoire de leur rappeler où ils sont on met un coup d'hymne chinois à tout rompre. Les "barrières humaines" s'en vont, c'est le départ. La cohue. La vraie, celle à la chinoise. Celle où on pousse et où on manque de se rétamer. Le début du parcour était extraordinaire : Nanjing Lu, contournement de people square puis descente vers le sud. Vers chez moi quoi !
Tout le long de la course nous avons eu droit à des "jiayou" (littéralement, "met de l'huile !" équivalent de notre "allez !"). Encouragés par des clubs du 3ème âge vétus de toutes les couleurs, nous ne pouvions qu'avoir la patate ! Faut dire que c'était coloré : des mamies tout sourire en violet, vert, jaune (quel dommage que j'ai pas de photos...) avec des tambours. On a aussi eu droit aux petits écoliers (pas les biscuits) en uniforme, agitant un petit drapeau chinois. Bonne ambiance quoi !
Les seuls hics de la course : pas de ravitallement en nourriture (et j'aime autant vous dire que moi j'ai pas des batteries inépuisables) et des voitures sur le parcours. Les seuls ravitaillements prévus étaient en eau (certes énergétique) et en éponges imbibées d'eau (et les éponges, jusqu'à preuve du contraire, ça ne se mange pas !). Pour ce qui est du ravitaillement, avec Nils nous avions "prévu" le coup : des "power biscuit", des biscuits super énergétiques. Le truc à pas bouffer pour un marathon, ces biscuits sont "désydratés" et au contact du peu de salive qu'il me restait dans la bouche ils se sont mis à gonfler et à se mettre partout dans mes dents... Autre petite merveille, du chocolat blanc. Dove. Grande qualité. J'ai failli vomir mon reste de petit déj'. Après ces quelques tentatives de ravitallement, j'ai fini par me faire une raison et je me suis dit que j'allais devoir finir les 6 derniers kilomètres sans ravitaillement. Et ces 6 derniers kilomètres ont été longs... longs... longs... Heureusement, les "laladui" (supporters) étaient nombreux, mon moral est donc resté au beau fixe). Mais sur le parcours nous n'avions pas que des gens pour nous encourager. Nous avons aussi trouvé des gens pas vraiment contents de se voir bloqué par une course. Faut dire, je les comprend... Toujours est-il que nous courions un peu au milieu des voitures. Pas top. C'est pas vraiment de l'air pur ce qu'on respirait. En fait, vu que la course créait un embouteillage, nous avions le plaisir de respirer tous les gazs d'échappement des voitures bloquées. Uhm......... J'en redemande ! Ca pique les yeux, le nez, la gorge, génial ! Il y a même une partie du parcours où il vallait mieux faire attention à ses fesses, les voitures passaient juste à côté ! Enfin, ne nous plaignons pas trop, courir dans Shanghai c'est chouette ! Ci-dessous le parcours.

Enfin, au bout d'1h50 et 32 secondes j'ai fini par arriver. Non sans mal. Et là, ravitaillement ! A l'arrivée distribution à chaque participant d'un petit sac avec : une orange, une petite bouteille d'eau et un paquet de biscuit au chocolat goût melon (sisi, j'vous jure. C'est chinois. Et quand on est entrain de mourir d'hypoglycémie, ça se mange !). Ahhhhhhhhhhhhh......... Ca va mieux ! Je revis ! Direction le récupérage des affaires. On se change. Et ensuite ? Ben ensuite on était sensé récupérer notre "certificat" et notre paire de chaussure gratos (vu qu'on avait couru en moins de 2h on avait le droit à un cadeau). C'est là qu'on s'est dit qu'on allait partir sans certificat et sans chaussures gratos : pour réussir à les avoir nous avions devant nous une queue d'un peu plus de 3h.... Donc on a dit tant pis. Et on est rentré. Longue galère pour trouver un taxi... Finalement, au bout de 20 minutes de marche à pied, on a fini par trouver. Inutile de vous dire que j'étais morte de fatigue le soir !
Pour celles et ceux qui ne le savent pas encore, le basket (ou sketba) c'est ma passion. Le sport que je fais quasi tous les jours depuis près de 10 ans. Pour une fois aujourd'hui je n'ai pas foulé le parquet mais je suis allée encourager l'équipe masculine de mon université. Des garçons que je connais assez bien puisque je les croise plusieurs fois par semaine : je m'entraine avec l'équipe féminine de Jiaoda et les garçons ont leur entraînement juste avant le nôtre. Et comme j'arrive souvent en avance, je les vois jouer. D'ailleurs si certains d'entre vous pensent toujours que les chinois sont petits, je vous conseille de venir faire un tour sur le terrain de basket : les garçons de Jiaoda sont immenses (le plus petit doit faire ma taille) et au sein de l'équipe des filles, du haut de mon 1,82m je suis la 3ème plus petite... Des géant(e)s donc. Des gens doué(e)s. Des gens qui ont du basket fait leur carrière et qui sont maintenant à Jiaoda en vue d'obtenir un diplôme afin de pouvoir intégrer une "vie sociale normale".
Les garçons sont engagés dans le championnat le plus haut du pays, "Dachaoliansai" (tournoi des grandes universités) et à ce titre ont lieu régulièrement des rencontres inter-université. Grâce à un ami qui s'occupait de l'organisation, j'ai pu assister au match. Vous pensez certainement qu'assister à un match de basket ne mérite certainement pas d'écrire un article... Et bien si ! Parcequ'assister à un match de basket en Chine, c'est pas tout à fait comme assister à un match de basket en France.

Le début c'est comme partout : échauffement. Avec de la musique. Argh ! Quoi ?!? Qu'ouï-je ? (= C'est quoi cette musique ?) Ca, jamais vous le devinerez. D'ailleurs vous feriez mieux de donner votre langue au chat tout de suite. Et bien la musique d'échauffement c'était "Hélène, je m'appelle Hélène." Vous savez, l'actrice hasbeen du feuilleton de ma jeunesse, "Hélène et les garçons". Et bien en Chine, la chanson d'Hélène c'est LA chanson française par excellence. Moi quand je l'entend j'ai honte d'être française... Mais les chinois eux, ils trouvent ça bien. Donc ça passe comme musique d'échauffement. Pas étonant qu'aucun paniers ne rentre. Avec une musique pareille ! Tu parles d'un motivation ! Ensuite la musique a changé et je sais pas si c'était franchement mieux : un truc genre slow chinois. Mais comment tu veux motiver des grands gaillards avec une musique pareille ? Le truc c'est que je pense qu'à part Céline et moi personne dans la salle n'était choqué.

Photos d'équipes, en jaune l'équipe de Jiaoda, en blanc l'équipe de Hunan
Fin de l'échauffement, vient ensuite la présentation des équipes avec une speakerine, un speaker et deux micros pourris dans une salle qui résonne à mort. Donc je peux pas vous retranscrire le discours : j'ai rien compris. Le seul truc que j'ai compris c'est qu'à un moment, une fois la présentation des deux équipes faite il fallait se lever. Toute la salle se lève. Euh... On fait quoi ? Minute de silence, les joueurs sont face au drapeau chinois. Argh... Ok, jusqu'ici tout va bien. Et ensuite ? Et bien ensuite toute la salle s'est mise à chanter l'hymne chinois. Toute la salle ? Toute la salle sauf nous deux, deux françaises perdues, étonnées et franchement admiratives... "Lève toi, tu n'es plus un esclave, fais de ton sang et de ton corps une muraille semblable à la muraille de Chine" j'ai pas encore toute les paroles mais je suis en phase de progression j'ai appris les deux premières phrases (comme ça moi aussi la prochaine fois je vais pouvoir chanter !). Fin de l'hymne, applaudissements, tout le monde se rassoit. Et ben...

Présentation de l'équipe de Jiaoda
Ca y est, le match commence. Hé ! Il manque un truc ! Mais où est le rond central ??? C'est bien beau d'avoir un parquet tout décoré façon NBA mais s'il n'y a pas de rond au milieu du terrain, comment tu veux les placer les joueurs ? Remarquez, ça n'a pas eu l'air de les gêner des masses...

Entre-deux de départ
La suite du match a été plutôt normale : avec des joueurs (5 par équipe pour ceux qui ne savent pas), des arbitres, un ballon, deux coachs, des spectateurs le tout en 4 périodes de 10 minutes. Un match plutôt serré, jugez-en par vous même...

L'évolution du score
Le truc marrant du match, c'était les "lalatui", c'est à dire les pompoms girls. Ca, faut que je vous raconte. Une corrégraphie nulle, des musiques tout aussi pathétiques et des pompoms (ben oui, sinon c'est pas des pompom girls) qualité chinoise : à chaque passage des filles sur le terrain (ie à chaque temps-mort ou bien chaque fin de quart-temps) les organisateurs étaient obligés de se précipiter sur le terrain pour récupérer les morceaux de pompoms... Enfin bon, je les quand même trouvé bien courageuses ces filles, moi j'aurai pas osé danser avec des pompoms multicolores en soutifs de sport devant une foule plutôt masculine...
Autre truc marrant du match, à la mi-temps, petite activité : concours de shoot ouvert à tous. Le but ? Mettre un lancer-franc, un trois points, et un shoot de la ligne du mileu en un temps donné. Les lots ? Une paire de chaussettes... L'essentiel c'est de participer !

Les "lalatui"
La fin du match a été archie serrée, un truc de ouf qui m'a mis de noeuds dans l'estomac : Jiaoda a fini par perdre de 4 points après moultes rebondissements. Ahlala, y a pas à dire ça me manquait d'assister à un match comme ça... C'est quand le prochain ?

La belle saison revient et l'université est donc en effervescence, moulte tournois sportifs s'organisent, notamment celui de basket. Il a été demandé à Céline et moi-même de faire partie de l'équipe 'internationale', et nous avons dit oui, amoureuses du basket que nous sommes...
Notre équipe comprend : une taïwannaise (et oui, elle est contée comme étrangère), une japonaise, deux coréennes et deux françaises. La langue commune de tout ce petit monde étant bien sûr le chinois ! Enfin, pour Céline et moi, c'est un peu de chinois et une forte untilisation des mains et des pieds !
Nous nous entraînons tous les mardis soir avec notre équipe et ce, depuis 2 semaines... Hier nous avons eu notre premier match et notre première leçon : ne sous-estime jamais une équipe chinoise surtout lorsque les arbitres ont décidé que les chinois devaient gagner ! Le match se déroulait en 4 quart-temps, et le truc fort c'est que non seulement les fautes commises sur Céline et moi n'était que rarement sifflée mais en plus, je suis sortie pour 5 fautes avant la première mi-temps ! Un exploit que je n'avais jamais réussi en 12 ans de basket ! Faut croire qu'il fallait que je vienne en Chine pour en arriver là ! Le résultat du match n'est pas si catastrophique, on ne perd que de 4 points. Faut dire que Céline a su mener la barque !
Si dessous, une petite illustration de ce match mythique avec les photos de notre photographe préféré, Nils !

Ca y est !!! Après des mois d'attente me voilà enfin "membre" de l'équipe de basket féminine de mon université ! Je ne peux certes pas faire les matchs, mais je peux au moins m'entraîner tous les jours du lundi au samedi ! Le bonheur quand on sait à quel point le basket compte pour moi...
Voilà donc trois semaines que je m'entraîne avec les filles, ce sont toutes des anciennes professionnelles "à la retraite". Non, non, non, vous n'halucinez pas, elles ont entre 24 et 28 ans et sont à la retraite... Ca laisse rêveuse...
J'en donc appris un peu plus sur la vie de ces joueuses professionnelles... Une journée type de basketteuse professionnelle en Chine, c'est : lever 5h30, premier entraînement, puis petit déjeuner à 7h. Deuxième entraînement, de 10h à 12h, séance de shoots. Puis repas, suivit d'une sieste et entraînement l'après-midi de 15h à 18h... Le soir, repos et réparation chez les kinés. Jusque là, tout semble normal. Le seul "hic", c'est que ces filles ne sont payées que 1000 à 2000 yuans par mois et ne savent faire QUE du basket. Elles arrêtent de suivre des cours dès l'âge de 12 ans... Jiaotong est la seule université qui leur permet de réintégrer une formation normale, en leur proposant un diplôme de management international. Le test d'entrée à l'université ? Un test de basket, histoire de voir si vous n'allez pas dégrader le niveau de l'équipe (championne de Chine en titre)... Donc voilà... Moi j'ai trouvé ça intéressant ;)
Donc les joueuses sont super fortes, l'ambiance chouette, la coach un peu relou, mais c'est génial ! Hier, dernier entraînement avant le départ de l'équipe pour Pékin (tournoi visant à emmener la meilleure équipe chinoise aux championnats du monde universitaires) et là, surprise en entrant dans la salle : des filles immenses sorties de je ne sais pas où. Enfin si, je l'ai su après, ces filles sont des professionnelles de l'équipe des Sharks de Shanghai et qui, moyennant un diplôme "factice", viennent préter main forte à l'équipe de Jiaotong. C'est bien la première fois que ça m'arrive, mais je me suis sentie toute petite (il n'y avait que deux joueuses plus petites que moi, et pourtant je fais 1.82m !) et j'étais la plus jeune...
Bon allez, histoire d'illustrer l'article, voici une photo de moi entrain de faire du basket à Xujiahui, bon ok, c'est pas pendant l'entraînement, mais bon... J'ai pas encore fait de photos de mes coéquipières, mais ça ne saurait tarder !


